Pour répondre à la sympathique invitation de notre bien-aimée

webmastrice, après deux jours d’écoute, tantôt épisodique, tantôt intensive, voilà ce qui en ressort …
Un poète est un monde
Enfermé dans un homme.
(Victor Hugo, La Légende des siècles)
La poésie est cette musique que tout homme porte en soi
(William Shakespeare)En premier lieu, que « c’est pas facile » de transcrire cela, car mes impressions se rapportent aussi aux auteurs des textes, et aux musiciens. Les premiers servant à l’interprète, et les seconds étant au service des deux précédents. Et « c’est pas facile » non plus d’oser un mot sur tant de talent(s). Alors je fais appel à ce brave vieux Victor, et à sa phrase bien connue : « un poète est un monde, enfermé dans un homme ». Tout est là, et le monde est si riche, si divers ! Je me lance, dans l’ordre.
Première impression : il y a plusieurs poètes, et inéluctablement, plusieurs mondes contenus dans ce petit chef d’œuvre ! Un monde d’éléments, un monde de sentiments, un monde de personnes, un monde de choses, un monde de musique.
Avoir placé en premier « Nuit troisième », et son rappel des quatre éléments, c’est comme une genèse, comme ouvrir l’écoute par un engendrement. Juste ensuite, « Revenance », place des lieux concrets dans cet univers tout juste né, lieu proche et lieux lointains, et les sentiments, les plus forts, amour et mort, qui naissent à nos oreilles dans le lieu le plus proche, plus encore qu’ailleurs, ici … Le cadre de l’album est posé.
Que fait « Le Diable », avec sa majuscule, là, juste avant ? Il se rappelle à nous : le monde juste dessiné par la plume du poète ne l’intéresse pas ; il est déjà en nous, donnant le goût délirant des choses bonnes de la vie, aux jeux, à la danse, à l’abandon instinctif… Et on l’on pourra bien « s’user les semelles », il est là, dans ce monde. « Dans ce monde » tout juste enfanté, où le poète nous suggère déjà un remède aux grandes souffrances qui s’attachent à la vie : l’amour gratuit.
Dans « Trois rivières de diamants », l’ode au poète, les bras du fleuve prolongent en un geste sensuel la beauté du diamant, enserrant l’artiste, ou chacun d’entre nous… Juste pour nous donner envie de marcher un peu entre la rivière et le fleuve, et d’y rechercher l’illusion qui fait la force des poètes, au lieu où naît l’inspiration !
En brassant (embrassant) tous ces éléments, « Steppenwolf » les conjugue. Animalité et beauté, ciel et enfer, irrésistible attrait des forces opposées. On ne veut vraiment que ce que l’on ne peut pas avoir… Et pourtant, parfois l’on peut : « Sororité » fait déjà mentir cet attrait artificiel des différences, en nous disant qu’il suffit d’aimer, et que tout devient possible ; attendre assez pour pouvoir se trouver, s’aimer assez pour devenir imperméable au jugement. Et aussi se donner un nom, pour entrer dans la vie de l’autre, en toute liberté, en égalité, en vérité ! S’appeler par son nom, c’est entrer réciproquement dans SA vie.
Et puis au fond, dans tout cela, quoi de nouveau ?... C’est « Cycloromantique » : ce qui s’est fait en ce monde-là s’est déjà fait dans l’autre, et se refera. La vie apporte du nouveau en grandissant pour chacun d’entre nous, mais le cadeau qu’elle nous présente était déjà nouveau pour ceux qui nous ont précédé dans cette même vie. Le fleuve retourne à la mer, et la mer n’est jamais remplie : retourner à la mer sans passer par le fleuve ! Trouve comment faire cela, et tu auras percé l’un des secrets de l’alchimie de la vie ! On peut s’y donner, s’y vendre, s’y perdre, comme « L’étrangère », menaçante, dangereuse, comme la beauté lorsqu’on ne sait pas regarder à travers elle. Elle nous lance de la poudre aux yeux, « A », dont on ne voit que l’Apparence.
Si l’on se dégage des éléments qui cherchent à nous happer, « La voile » nous fera regarder vers demain. Rien n’est définitif et tout peut changer, de l’aube à l’aurore, entre aboiements et désirs.
Le chemin pour nous y conduire passe par « La forge », le sommet de cet album ! Tout y converge, elle est inclassable, tous les mondes des poètes y sont inscrits. Forte, jusqu’à arrêter la course d'une étoile. Sublimée par l’interprétation qu’en donne Fabiola : il n’y a pas de mots.Tout aussi inclassable, « Entre vous et moi » ne pouvait avoir d’autre place que celle de la synthèse : par la voix de l’interprète, jusqu’au cœur de l’auditeur, les mots des poètes passent par le pont de la musique : cette interprète-là est capable de révéler la semence de musicalité inscrite dans les mots, et de produire une "harmonie". Cela fait que l'on entend plus la musique et les mots, mais un tout unique et pénétrant. Cette harmonie va chercher loin dans les profondeurs du coeur des auditeurs, et c'est cela qui nous fait dire que c'est "beau", ou que cela fait du "bien".
Les cordes (piano, guitare) font un pont qui va du coeur de l'artiste au coeur de l'auditeur, et qu'empruntent les mots pour nous envahir, nous submerger. C'est un exercice difficile, comme le funambule qui marche sur la corde ...
trouver la voix pour guider les mots ! Les percussions, insondables, rémanentes, concourent à faire entrer le verbe loin dans la personne ; elles en appellent à ce qu'il y a de primitif, au sens de "premier", dans notre être musical. La première note de musique que l'homme produit, c'est celle de la percussion : il frappe un objet de la main ... battement qui rappelle celui du coeur, origine de la vie, inchangé à tous les âges du temps et de l'humanité ... Pour moi, c'est tout cela le mystère de la musique et du chant !
Je retrouve d'ailleurs cela dans « Entre vous et moi », et dans chaque pièce de ce magnifique album « Je reviens d’ici ». Il m’a fait redécouvrir la poésie. Merci !