En lisant ce petit article, deux phrases me reviennent à l’esprit. La première, entendue il y a longtemps, disait « la vocation du vitrail, c’est de se laisser traverser par la lumière » ; la seconde, entendue d’un vieux Père dominicain, disait « au ciel il y aura des musiciens mais pas de peintres ». Il voulait nous dire que dans cette lumière là, il ne sera plus nécessaire de peindre, car toute représentation figée sera sublimée par la vision du monde en sa globalité, offerte à chacun.
C’est étonnant comme ces deux souvenirs se rapprochent de ce que je viens de lire ici : « On a tous une lumière qui nous habite et je sens que c'est cette lumière qui a justifié l'honneur qu'on me fait ». Et cette image du vitrail prend alors pour moi un autre sens, et nous révèle comme deux lumières.
Celle qui nous habite, en effet, et que traduit M. Allen quand il dit « le seul endroit où le soleil brille plus que dans les vitraux (…) c'est dans les yeux des jeunes qui les ont faits », et celle qui nous traverse, comme la lumière traverse le vitrail. Et là, l’image devient encore plus belle ! Car quand la lumière du soleil vient frapper un vitrail, elle est blanche, comme invisible. Mais quand elle se fond dans celle qui nous habite, et passe de l’autre côté du vitrail, elle prend notre couleur intérieure, et transforme la personne ou l’objet qu’elle rejoint et qu’elle frappe. Lorsqu’on se tient dans la lumière d’un vitrail, on change de couleur, on ne se voit plus de la même manière, on est transformé, et le monde qui nous entoure aussi. C’est sans doute un bout du chemin qu’ont fait ces jeunes.
Et n’est ce pas une belle chose, de penser que la couleur que traversera désormais cette lumière, la couleur des trois personnes représentée sur ce vitrail, ce sont les jeunes qui l’ont choisie et posée ? D’une certaine manière, en travaillant ensemble, ils auront su lire et traduire par leur art, à leur manière, la couleur qui habite les modèles qu’on leur a proposé, dire ainsi comment ils les voyaient, et se laisser transformer petit à petit, changer, faire des projets, voir la vie autrement.
Ces jeunes en effet, qui ont travaillé à créer ce vitrail ne savaient pas à quoi il allait ressembler, quand on leur en a présenté le projet. Mais ils ont, d’une certaine manière, pris la lumière intérieure de ceux qui ont travaillé avec eux, pour eux, et le résultat aura été bien au-delà de ce qu’ils avaient imaginé en commençant à étudier, dessiner, ou peindre.
Alors certainement que les convictions qui ont animé ceux qui les ont aidé, ont d’une manière invisible, comme une autre lumière, aidé ces jeunes à réaliser une œuvre plus grande et plus profonde qu’ils ne la voient. Et à prendre conscience que personne n’est « rien », ou « pas grand-chose », et que cette lumière là peut tout transformer.
Mais aussi, en faisant cela, c’est eux qui ont contribué à transformer ceux qui ont travaillé avec eux. Et cela, souvent, ceux que nous aidons ne le savent pas, ou n’ont finalement pas besoin de le savoir : ils nous transforment.
Peut être bien que le sens de cela, dont la compréhension viendra en effet « beaucoup plus tard », c’est en partie que tout ce que nous donnons nous revient pour un plus grand bien, et nous pouvons ainsi le redonner à d’autres, d’une manière encore nouvelle et plus belle, plus profonde. C’est « l’expérience » ! Plus je donne et plus je reçois, et c’est en donnant gratuitement que je m’enrichis des autres.
Ceux qui me connaissent comprendront pourquoi j’aime bien aussi la dernière phrase de cet article. L’intemporel et le sacré, en effet, ne sont pas enfermés dans les églises : ils sont là ou sont les hommes et les femmes qui ont le cœur assez grand pour y faire de la place aux autres, et ne pas l’occuper entièrement avec eux-mêmes.
Un peu comme le vitrail, leur « vocation » c’est de se laisser traverser par la lumière, et de transformer le monde, à petites touches de peinture, de musique, de mots, de regards, de sourires. Parce que la vie est là. Merci aussi d’être cela pour nous.